Vigneron·nes

Derrière chaque bouteille de vin, il y a des hommes et des femmes, des familles, des mains, des regards, des histoires, une vision qui s'est construite au fil du temps. 

Depuis de nombreuses années, j'ai fait le choix de suivre des vigneronnes et des vignerons qui cultivent leurs vignes avec grand soin, dans le respect de leur terroir, en préservant les particularités du millésime. 

Voici celles et ceux qui nourrissent ma passion…

Christophe Abbet

Il n’est pas facile à dénicher, celui que l’on nomme le poète du vin ou l’alchimiste du Valais. J’ai bien dû le chercher pour ma première rencontre: l’image sur Google d’une vitrine à Martigny-Bourg m’a livré un numéro de mobile. Oui, vous pouvez venir samedi après-midi à 14h00.

Un couple de dégustateurs était présent à mon arrivée. Je les ai rejoints. Après quelques crus dégustés, Christophe s'intéresse à ce que nous pensons des vins oxydatifs, univers dans lequel il pratique son art avec grande finesse. OH ! c’est comme les vins jaunes du Jura, c’est dégueulasse, une vraie punition ! assène la dégustatrice ignare.

Petite clin d’œil en coin, la dégustation se poursuit sur des cuvées que l'on pourrait qualifier de plus traditionnelle. Le couple s’en va. Christophe me regarde : Bon… on va passer aux choses sérieuses…

Christophe, maintenant accompagné par Hugo Pozzo di Borgo, travaille à peine 3 hectares de vignes sur les terroirs de Martigny et Fully. Sensibilité, philosophie, poésie, il déploie une approche tout en finesse quand il s’agit d’accueillir le raisin à la cave. Que ce soit avec le Gamay, l’Humagne rouge ou la Syrah en rouge, l’Arvine, le Païen et la Marsanne en blanc, des vins tout en subtilité verront le jour.

Christophe ? un artiste à la vision poétique et à la calligraphie esthétique qui s'exprime au travers du nom de ses cuvées et du trait de ses étiquettes.

Christophe ? un magicien du temps, de l’oubli et des élevages longs. 6 ans, 10 ans, parfois plus. De grands vins liquoreux et oxydatifs, Ambre, Alchimie, Vin de Voile, qui charment les palais bien au-delà de Saint-Maurice.

Valentina Andrei

Valentina rêvait de vinifier à Bordeaux. Elle s’est arrêtée comme fille au pair dans le Jura pour apprendre le français… et c’est lors d’une excursion en Valais qu’elle découvre la beauté des côtes du Rhône supérieures. C’est une chance pour la viticulture valaisanne, et pas que.

Deux bonnes fées se sont penchées sur son berceau de vigneronne: Marion Granges du Domaine de Beudon et Marie-Thérèse Chappaz, chez qui elle a été maître de chai. De quoi s’aguerrir tant au travail à la vigne qu’au travail à la cave.

Valentina aime la nature et les pentes escarpées du Valais. Elle travaille un peu plus de 8 hectares en biodynamie et met en valeur de magnifiques terroirs comme la Combe de Noutse à Fully, ou les contreforts de la colline de Tourbillon à Sion.

Elle affectionne particulièrement les variétés autochtones comme la Petite Arvine, l’Humagne blanche, le Completer, l’Humagne rouge ou le Rouge du pays, faussement appelé Cornalin. Elle n’oublie pas pour autant les autres cépages alpins comme la Mondeuse de Savoie, la Roussanne, la Marsanne et la Syrah des Côtes du Rhône, et les cépages internationaux comme le Chardonnay et le Merlot. Un patchwork aux quantités malheureusement limitées.

Remarquée par le prestigieux magazine français Vigneron, ce dernier dira de ces vins que: «ses blancs moissonnent les arômes comme un parfumeur de Grasse. Dans ses rouges, le fruit éclate telle une grenade dégoupillée.»

Ferdinand Bétrisey

C’est bien évidemment par les chemins de traverse que j’ai rencontré Ferdinand. Je me rappelle avoir recherché de l’Amigne, cépage autochtone confidentiel, dans le cadre d’une dégustation que j’organisais pour des amis. La réputation de l’offre du CAVE SA et quelques recherches sur le vigneron m’ont facilement convaincu.

Savourer ses vins m’a toujours apporté énormément de plaisir… un toucher de bouche incroyable. Ce n’est pas la dégustation de son Amigne 2016 en accueil d’une dégustation Wine Rose Sàrl sur les grands blancs du Rhône en mars 2026 qui m’aura contredit.

Apprendre et passion. Deux mots fondamentaux de mon existence qui jaillissent du parcours de Ferdinand. Instituteur, il prend un virage sans concession à l’âge de 56 ans. Il quitte l’enseignement pour devenir vigneron et ce, de manière passionnée, autodidacte, curieuse et respectueuse de ses vignes et de ses vins.

Grâce à sa vision et son travail sur ce petit domaine d’1 hectare entre Sierre et Vétroz, Ferdinand propose de grands crus confidentiels, privilégiant les cépages autochtones comme l’Amigne, l’Arvine et le Completer en blanc, l’Humagne rouge, le Rouge du Pays, accompagnés de Pinot noir et de Syrah.

L’élevage de ses vins se fait avec beaucoup de délicatesse et de finesse. Le temps en amphores ovoïdes, additionné du temps en fûts pour les élevages longs, accompagnent en douceur l’épanouissement de ses vins. 

Le temps et la manière d’apprendre… le temps et la manière d’enseigner…

Steve Bettschen

Mon amour des grands liquoreux et autres vins oxydatifs m’a naturellement poussé à rencontrer Steve et à m’intéresser à ses cuvées confidentielles. Ce n’était pourtant pas une évidence : imaginez un vigneron vaudois, Lausannois même, qui sort sa Petite Arvine pour la vinifier dans le Gros de Vaud et en faire un vin de pays romand ! De quoi émoustiller le nendard que je suis.

Steve a suivi un parcours scientifique d’ingénieur-chimiste à l’EPFL et réalisa  un travail de diplôme à la station fédérale de recherches Agroscope de Changins/Wädenswil. Il restera ensuite  11 ans au CAVE SA, le Club des Amateurs de Vins Exquis de Jacques Perrin. Il a ainsi pu goûter près de 30'000 crus et rentrer au Grand Jury Européen. Puis un coup de foudre:  l’achat d’une vigne d’Arvine que la famille d’un ami vendait à Sensine, sur la commune de Conthey. Aucune hésitations !

Là aussi, des liens d’amitié ont accompagné le développement de ce qui est un mini-domaine réputé tant au niveau national qu’international, comme avec Raymond Paccot à Féchy et Marie-Thérèse Chappaz à Fully.

Biodynamicien, Steve cultive ses vignes de Sensine, ainsi qu’une superbe parcelle de Pinot noir au Clos du Mormont, à La Sarraz, où se trouve sa cave. Ses vins font partie de sa gamme Phusis. Parallèlement, Steve propose des cuvées qui proviennent de raisins, ou quelque fois de vins, d’amis vignerons. Du négoce de haute couture, sa gamme metaPhusis.

Je ne vais pas détailler ses plus de 200 cuvées… juste rajouter que les vins proposés proviennent souvent d’Arvine, de Marsanne, de Furmint, de Rèze, de Riesling, de Saint-Laurent, de Savagnin, de Mondeuse, de Durize ou autres Sylvaner en provenance des cantons du Valais, de Vaud, de la région des Trois-Lacs… et que Steve produit des bruts et extra-bruts d’Arvine de très grande classe.

Dernier détail : j’ai souvent pensé à lui ! J’ai eu le malheur de lâcher une petite bouteille de son Chasselas oloroso 2004, vin oxydatif, dans ma cave. Des mois durant, chaque fois que j’y entrais, mes narines étaient flattées par les senteurs de noix, de curry ou encore d’amandes.

Guillaume Bodin

C’est en tant qu’employé chez Marie-Thérèse Chappaz que j’ai fait la connaissance de Guillaume. De nombreuses rencontres au fil du temps qui m’ont amené à partager avec lui un moment important de mon existence : mes 50 ans avec la projection en avant-première privée à Fribourg de son film Vigneronnes, en sa présence, celle de Marie-Thérèse Chappaz, Mathilde Roux, Valentina Andrei, ma famille et mes amis.

Ouvrier viti-vinicole, vigneron, sommelier, assistant maître de chai, réalisateur, photographe, alpiniste, parapentiste, conseiller en bio et biodynamie ; des expériences en Beaujolais, en Côtes-du-Rhône, en Côte-d’Or, en Haute-Savoie, dans le Mâconnais, en Nouvelle-Zélande et en Valais bien sûr, illustrent l’esprit engagé de ce jeune entrepreneur !

Plongé depuis ses 11 ans dans l’univers du vin, il s’engage pour une viticulture respectueuse de la nature et du vivant. Sa filmographie, Insecticide mon amour, Zéro Phyto 100% bio, La clé des terroirs, Vigneronnes en témoigne, tout comme son entreprise Biodynamie & Cie.

Depuis 2022, il a fondé son propre domaine, le Domaine des Petites Planètes à Chamoson. Il propose une gamme cohérente d’une petite dizaine de vins où les Pinots tiennent une place toute particulière. Pinot gris en blanc, Pinot gris de macération, rosé de Pinot noir et Pinot noir, côtoient Humagne rouge, Syrah et l’assemblage rouge Umami.

Marie-Thérèse Chappaz

Bon… par où vais-je commencer? Sa modestie et sa quête constante de la perfection font qu’elle n’apprécie pas les discours élogieux. Et pourtant… Une icône! 

Marie-Thérèse fait partie des 4 pionnières qui ont transformé en profondeur la viticulture valaisanne. Elle est une des rares vigneronnes suisses à être reconnue au niveau international. Si tout ceci ne devait se résumer qu’à une seule et réductrice note : elle est la seule de toutes les vigneronnes et vignerons de Suisse à avoir obtenu 100 sur 100 au fameux guide Parker pour l'un de ses mythiques Grains Nobles d’Arvine.

Un engagement constant pour la nature, la biodiversité, le terroir, la biodynamie, les grands vins, les murs de pierres sèches, le patrimoine intemporel. Elle n'en reste pas moins  accessible, généreuse et toujours disponible pour partager ses connaissances avec la jeune génération.

Ses contributions sont si nombreuses que je vais me limiter à citer son rôle essentiel à l’origine de la constitution de la Charte Grains Nobles confidentiel.

Au-delà des deux rendez-vous annuels pour déguster ces vins, au printemps et durant le temps de l’Avant, j’ai eu l’immense bonheur de participer à plusieurs verticales de ces grandes cuvées de Marsanne et de Petite Arvine. Un voyage initiatique. Remonter le temps jusqu’à la fin du dernier millénaire. S’il fallait encore prouver que les grands vins valaisans ont un impressionnant potentiel de garde… que les vins blancs ne doivent pas se boire dans l’année !

Ses plus de 10 hectares de vignes, toutes travaillées en biodynamie, s’étendent sur les rives droites et gauches du Rhône, à Chamoson, Leytron, Fully et Charrat. Des vins mythiques également, provenant de terroirs tout autant mythiques, souvent très raides : les terres granitiques des Claives, où se trouve sa vigne centenaire d’Ermitage, de la Combe d’Enfer, de Plamont ou de Planche-Billon. Des trésors.

Une invitation à la découverte, à la dégustation, à arpenter ces paysages impressionnants.

Philippe Darioli

Ce n’est malheureusement que sur le tard que j’ai fait la connaissance de Philippe. J’en avais entendu parler… en très bien ! J’avais aussi visionné l’émission Le vin de la semaine sur Canal 9, le présentant ainsi que son Pinot blanc tout en dentelle. 

L’occasion n’ayant pas tout-de-suite fait le larron, ce n’est que quelques années plus tard que j'ai découvert l’entier de sa gamme. Ceci s'est réalisé  grâce à une sympathique proposition de Paul Vetter, journaliste et vidéaste spécialisé dans le vin, réalisateur de cette série d’émissions sur la viticulture valaisanne.

Philipe a également eu la richesse de bénéficier du compagnonnage de grandes figures de la viticulture valaisanne : Didier Joris et… Marie-Thérèse Chappaz auprès de qui il a travaillé 3 ans. Une bonne école pour élaborer des Grains Nobles de grande tenue à base d’Arvine et de Marsanne. Ses liquoreux sont servis en apéritif dans certaines des plus grandes tables de Suisse. 

Vous avez dit fraîcheur ? Je l’entends encore dire : l’Ermitage est l’empereur des liquoreux, la Petite Arvine, la reine. De quoi tenir la dragée haute au célèbre Château d’Yquem.

Des vins frais, droits, de très grande précision, tout en finesse. Un travail d’orfèvre dans le respect des spécificités du cépage et du terroir. Un vignoble de 3 hectares sur les communes de Chamoson, Leytron et Fully où s’épanouissent également certaines spécialités bordelaises comme le Merlot, le Cabernet Franc et, extrêmement rare tant en Valais qu'en monocépage, le petit Verdot et ses notes d’oranges sanguines. 

Alexandre Delétraz

Dans le monde du vin, le terme buveur d’étiquettes est connoté de manière très péjorative. Peu importe finalement si le vin est apprécié à sa juste valeur ou non, le but est de pouvoir s’afficher avec de prestigieuses bouteilles.

J’avoue ! La première fois que je suis rentré chez un caviste où trônaient quelques-unes de ses bouteilles ornées de leurs superbes étiquettes, je me suis jeté dessus ne connaissant ni le bonhomme, ni ses vins. Bon… il y a fort longtemps de cela… et j’ai découvert un magnifique vin sur la base du seul choix de l’étiquette. À déconseiller... mais l'exception confirme la règle !

Pour constituer son vignoble de 8 hectares, Alexandre a acquis environ 200 parcelles de plus de 80 propriétaires, principalement sur la commune de Fully - dont les vins sont maintenant sous la dénomination Alexandre Delétraz, et sur les communes de Saillon et Leytron - sous la dénomination Cave des Amandiers.

En me promenant au coeur de ses vignes, j’ai effleuré le sens de l’expression viticulture héroïque qui lui est chère. Elle qualifie la culture de la vigne dans des endroits difficilement accessibles. La Combe d’Enfer, les Seyes, les Tatzes, autant de terroirs escarpés où le travail de l’homme se fait dans l’effort. À couper le souffle !

Un tri rigoureux, une attention toute particulière tant au lieu qu’au millésime, les vins d’Alexandre traversent les années. Je me souviens de ce repas partagé à Chiboz, restaurant mythique au-dessus de Fully. Guillaume, le sommelier, nous a fait le plaisir de nous servir une Humagne rouge 2008 d’Alexandre, son premier millésime, année de la création de la Cave des Amandiers. Cette simple évocation fait jaillir en moi les réminiscences du soyeux et de la longueur de ce vin âgé de plus de 15 ans.

Alexandre, c’est aussi le foisonnement d’idées et de projets : une Arvine vinifiée à l’image d’un Riseling de Moselle, une Syrah franc de pieds, une cuvée insolite de Jurançon noir et bien d’autres réalisations encore. Ce sont aussi de belles collaborations partagées : une action de soutien de longue date pour une association, une cuvée spéciale de Syrah élevée pour les 25 ans de notre groupe des Amis du vin cuit (une réduction de poire, rien à voir avec le vin).

Des vins de terroir… des cuvées parcellaires… vous pourrez ainsi approcher l’influence des sols de loess granitiques de Fully sur l’expression d’un cépage, que ce soit l’Arvine, le Païen ou la Marsanne en blanc, le Gamay, l’Humagne rouge, le Cornalin ou la Syrah en rouge.

Caroline Frey

C’est la lecture du livre du célèbre Meilleur sommelier de Suisse Jérôme Aké Béda, Les 73 vins à boire pendant et après la Fête des Vignerons, qui m’a permis de faire la connaissance de Caroline Frey. Les Grains Blancs de Mon Jardin Secret, cuvée d’exception d’une de ses vignes de Fully y était présentée. 

En ce temps-là, Caroline Frey était à la tête de 3 grands domaines français, Paul Jaboulet Aîné dans les Côtes du Rhône, Château La Lagune à Bordeaux et Château Corton C en Bourgogne, soit plus de 220 hectares pour environ un demi-million de cols produits annuellement. 

Terminant ma lecture du soir, je cherche sa page Instagram et me permets de lui poster une demande en message privé pour tenter d’obtenir 3 bouteilles de cette cuvée confidentielle. Au réveil… elle m’avait répondu en m’indiquant le moyen de me les procurer. La grande classe.

Passionnée d’équitation, grande sportive, Caroline Frey étudie chimie et biochimie avant d’intégrer la faculté d’œnologie de Bordeaux où elle sort major de sa promotion. Elle rencontrera Denis Dubourdieu, toute grande référence de l’œnologie française, qui l’accompagnera en tant que professeur et mentor.

Caroline Frey s'est libérée de la gestion des domaines français pour se concentrer sur le magnifique domaine tout en biodynamie de Benoît Dorsaz, qu’elle a repris dernièrement. Elle cultive 5 hectares sur les terroirs de Fully, Martigny, Leytron. Elle propose Chasselas, Pinot blanc, Viognier en plus des Petites Arvines, Gamay, Pinot noir, Humagne rouge, Syrah et Cornalin.

Une chance énorme pour le rayonnement international de la Petite Arvine… et de la viticulture valaisanne.

Marie-Bernard Gillioz

Autre membre du club des 4 pionnières de la viticulture valaisanne, avec Marie-Thérèse Chappaz, Madeleine Gay, ancienne maître de chai chez Provins, et Corinne Claviens, première femme œnologue cantonale, Marie-Bernard cultive, depuis 1992, un vignoble de 3 hectares en terrasses sur les côteaux de Sion et de St-Léonard, et quelques vignes à Bramois, sur la rive droite du Rhône. 

Bien que Grimisuat me soit familier, peuplé de souvenirs de vacances chez ma marraine sur le Mont à Champlan, c’est par la réputation de ses Arvines sur schistes brisés, et la présentation de sa Dôle dans l’émission Le vin de la semaine, que je me suis rendu au domaine pour découvrir le fruit de son travail. Et je n'ai pas été déçu !

La conscience environnementale a toujours été indissociable de son activité. Pour favoriser la biodiversité, elle a été l'une des premières à laisser l’herbe pousser entre les rangs et ce, malgré les critiques médisantes comme quoi sa vigne était mal entretenue. Passionnée de botanique, elle porte un grand intérêt aux plantes. 

Elle cultive par ailleurs Corbassières, un magnifique et vertigineux terroir en pleine ville de Sion, au-dessus d’un garage, que l’on atteint par un petit tunnel dérobé. Le livre Dans ma vigne, il y a des cactus présente ce havre de biodiversité. Dans cette petite parcelle de 800 m2, 104 espèces ont été recensées, soit 3 fois plus que dans une vigne travaillée en production intégrée, dont 15% menacées d’extinction.

« Je fais un vin qu’on appelle Corbassières. C’est un chasselas très minéral, terroir, riche, très particulier. Mes enfants disent qu’il a le goût de cactus, évidemment ! »

Un intérêt pour le vivant visiblement héréditaire puisque sa fille Coraline, qui reprend actuellement le domaine, est au bénéfice d’un master en agronomie à l’EPFZ et d’un doctorat sur la résistance des plantes.

Au niveau des cépages cultivés, je suis en joie devant son Muscat sec, ses Arvines, son Païen et son Ermitage, dont j’ai eu le bonheur de faire une verticale sur les années 2009 à 2022. En rouge, ses Syrah et Cornalin font l’unanimité, tout comme sa Dôle, un modèle du genre.

Raphaël & Nadine Maye

Il y a des moments gustatifs de haut vol. La masterclass sur les Syrahs animée par Olivier Poussier, meilleur sommelier du monde 2000, en est un pour moi. C’est à sa suite que, par la réputation et par l’odeur alléchée de l’une des plus grandes Syrahs du globe, j’ai fait la connaissance de Raphaël Maye du Domaine Simon Maye et Fils à Chamoson. Inutile de dire que je n’ai pas été déçu et ce, tant par la dégustation de leurs vins, que par le plaisir de faire la connaissance de Nadine et Raphaël, 3ème génération au domaine.

C’est bien d’une histoire de famille qu’il s’agit. Le domaine voit le jour en 1948, fondé par Simon Maye et rejoint par son épouse Antoinette 2 ans plus tard. La vision qualitative et novatrice était déjà très claire. C’est d’ailleurs avec 18 autres confrères qu’il a fondé la Confrérie St-Théodule, dont les membres prêtent serment à une charte très rigoureuse.

Leurs fils, Axel et Jean-François, rejoignent la cave au milieu des années 1950 et introduisent de nouveaux cépages, dont une Syrah qu’ils récolteront pour la première fois en 1984 et qui reçut de nombreuses récompenses internationales. Eux-mêmes furent nommés Icônes des vins suisses par Gault et Millau, un rare privilège. 

C’est en 2015 que Raphaël rejoint le domaine, accompagné en 2020 par Nadine, sa compagne qui, riche de son doctorat en finance durable, reprend la gestion et l’administration de l’entreprise. Le domaine poursuit ainsi sa route, fidèle à la vision de Simon et Antoinette : donner vie année après année à de grands vins. Cette dernière contribuera par ailleurs jusqu’à son décès en 2026 à la destinée du domaine.

Nous avons évoqué la Syrah… mais tous les vins enchantent le palais : des 3 Chasselas au Cornalin, en passant par le Païen et le Pinot noir.

Au fait, j’allais oublier ma madeleine de Proust : accueillir le printemps avec un premier repas d’asperges de Saillon agrémentées d’une sauce à l’ail des ours, accompagnées de jambon cru et de ris de veau, le tout superbement enrobé par le gras et les beaux amers de leur Johannisberg… de Chamoson, bien sûr ! J’en salive toute l’année durant.

Olivier Pittet

Il y a des personnalités dont la passion, l’engagement et la ténacité forcent le respect. Olivier est de cette trempe-là. Travaillant amoureusement une multitude de petites parcelles qui composent son vignoble d’1,2 hectares à peine, il pratique une viticulture respectueuse du sol et de la plante. Ces vins sont denses, concentrés, authentiques et reflètent leur lieu.

C’est lors de l’une de mes errances nocturnes sur la toile que j’ai entendu parler pour la première fois d’Olivier Pittet. J’ai trouvé quelques descriptions au gré des pérégrinations d’un blogueur franc-comtois amateur de vin, de cancoillotte, de BD et de bons chanteurs français, morts ou vifs ! De quoi titiller le fan d’Hubert-Félix Thiéfaine que je suis. Olif, le bien nommé, décrivait en 2013 son enthousiasme pour un vin orange élevé en fût de mélèze et un fameux Gamay dénommé Racines de Fully.

C’est bien dans le champ de l’expérimentation et de la recherche qu’Olivier pratique la viticulture qu’il affectionne… et avec quels résultats ! Le Valais doit à ce vaudois la sauvegarde de la Grosse Arvine, un cépage autochtone oublié et presque disparu. Il n’en restait que 4 ceps connus en 2008. C’est avec entêtement, après avoir prospecté une grande partie des vignobles de Martigny, Fully et Saillon, qu’il trouve une soixantaine de congénères et pu ainsi sauvegarder ce cépage de l’extinction. 

La découverte d’un nouveau cépage autochtone est le plus récent de ses hauts faits. Le Fuliaco, ainsi nommé en référence à un nom historique du village du Fully, est désormais vinifié et mis en quelques rares bouteilles. Le résultat d’un travail de longue haleine. Les premiers échangent avec le Dr José Vouillamoz, généticien renommé de la vigne, remontent à 2007. Quel plaisir d’avoir en cave quelques flacons de Rèze-Humagne, nom donné au vin avant son baptême en 2025.

Certainement qu’il nous garde encore d’autres surprises au fond de ces dames-jeannes emplies de cépages inconnus. Il nous faudra rester bien attentif et guetter car, avec sa grande modestie, le risque est grand de passer à côté de ces belles découvertes.

De toute façon, l’entier de ses cuvées valent le détour. Il y a ses vins de macération oranges, sa superbe Petite Arvine, le Chardonnay, la Roussanne. En rouge, son Gamay Racines, sa Syrah et sa Durize, se plaisent tellement sur les sols granitiques qu’il décroche les étoiles au Parker : 96 sur 100 pour sa Syrah 2019, un vin extraordinaire, grandiose, d’une profondeur et d’une complexité exceptionnelle. Dernier conseil : ne passez pas à côté de ses Cabernets sauvignons.

Autre coup de cœur pour Olivier, ses micros-cuvées de vins liquoreux devant lesquelles je me pâme littéralement.

 Des vins extatiques et hors du temps. 

Alexandre Stauffer

Il semblerait qu’il soit de coutume pour les jurassiens de venir se promener en Valais. Proximité religieuse, militaire ou rurale peut-être. C’est dans tous les cas une bien bonne chose lorsque, comme Alexandre Stauffer, ils décident de s’y installer et d’y réaliser de très grands vins. 

Premier contact au salon Renaissance des appellations à Berne, association internationale de viticulteurs engagés, créée par Nicolas Joly du mythique Domaine de la Coulée de Serrant. Le but est de garantir la pleine expression du terroir et produire des vins vivants de haute qualité, en biodynamie, avec une interdiction stricte de tout intrant chimique ou levurages exogènes. Une ligne claire.

Pour Alex, le chemin se trace après une reconversion professionnelle qui lui fait quitter une routine quotidienne dans le commerce, le marketing et l’administration. Passionné de dégustation, cet amoureux de la vigne et de la beauté des grands vins du monde décide de passer de la théorie à la pratique.

Sa cave est fondée en 2018. Il cultive actuellement 4 hectares de vignes sur les côteaux de Sierre, autour du village de Flanthey et sur la rive gauche du Rhône, entre Chalais et Réchy. En blanc, il y cultive du Chasselas, de la Rèze, de la Petite Arvine, du Païen, de l’Humagne blanche et de la Marsanne. En rouge, des Pinots noirs, de l’Humagne, des Cornalins et des Syrahs.

En 2024, sa Syrah a reçu les honneurs de la Revue des vins de France en se classant parmi les 60 meilleures Syrahs du monde avec une note de haut vol de 93 sur 100.

En 2025, il a obtenu la note de 95 sur 100 pour sa Marsanne blanche d’assemblage de 3 millésimes 2019-2020-2021. Une consécration pour celui qui, dans sa jeunesse, se référait au guide Parker pour acheter ses grands vins du monde. 

Si les noms de ses vins font référence à l’univers poétique de Charles Baudelaire, Alex n’est pas un vigneron maudit et ses vins sont somptueux.

Robert Taramarcaz

C’est encore à Paul Vetter et son émission Le vin de la semaine que je dois ma rencontre avec Robert Taramarcaz du Domaine des Muses à Granges. Son Grain Noble Polymnie, assemblage de Marsanne et Pinot gris, y était présenté.

Sa passion des liquoreux l’a conduit à prendre la présidence de la Charte Grain Noble confidenCiel et à contribuer à l’élaboration d’une cuvée spéciale réalisée de concert par les 16 producteurs membres. Un superbe vin, à la fois intense, puissant, vif et élégant.

Le parcours de Robert le mènera de Changins à l'Institut Universitaire de la Vigne et du Vin Jules Guyot de Dijon en Bourgogne, en passant par la Nouvelle-Zélande. Son parcours est également jalonné de distinctions : il a fait partie des 3 premiers vignerons suisses à entrer dans le Guide Parker lors du Best of 2012, pour l’ensemble de sa gamme. Depuis lors, ses vins reçoivent régulièrement des notes de plus de 90 points sur 100, des vins excellents, dotés d’un grand caractère et d’une remarquable complexité.

Robert a toujours privilégié le temps. Le temps de l’élevage, le temps de la garde. Précurseur, il fut l’un des premiers à retarder la mise en vente de ses cuvées, laissant le temps faire son œuvre. Ses cuvées d’élevage, Chardonnay, Marsanne, Pinot noir, Syrah, ses Muses et son Merlot Cyrano bénéficient grandement de sa formation bourguignonne.

Mon cépage coup de cœur : son Humagne blanche. Sélectionnée par la Mémoire des vins Suisse, elle démontre son potentiel de garde et sa grande qualité. Elle accompagne régulièrement mes mets au fromage valaisan. J’aime lui laisser prendre quelques années de repos en cave. Ses arômes de poires, tilleul et fleurs blanches sont d’une grande finesse, agrémentés de petites notes d’évolution sur le miel, la résine de pin et la noisette.

Au Mondial du Chasselas 2026 à Aigle, Robert a remporté la distinction suprême avec la meilleure note du concours (94,6 points sur 100) et le premier prix dans la catégorie des vieux millésimes avec son Fendant classique 2005, ainsi qu’une médaille d’or pour son Fendant classique 2006. Plus de 20 ans pour ces deux vins.

Comme le chante les Rolling Stones : Time is on my side !